le toubib me dit : Constance, il faut que vous ayez au moins un repas régulier par jour, un repas à heure fixe.

après j’allume une clope
après je sors
après je sens bien qui je suis
à bloc

personne voit ça ?
personne voit ça 

faut être bien concentré sur le manque pour me voir.

il doit faire jour quelque part mais tu as été pénétrée bien avant la naissance comme de la glace noire et tu glisses et tu te fends de trop haut pour recoller les morceaux deux plaies ouvertes en plein milieu du balcon et cette gouttière qu’on vide pas entre les lèvres tu me refiles l’angoisse qu’il te reste plein la peau et tu m’en veux de pas te vouloir d’urgence de pas vouloir te laisser quelque chose c’est à cause des blessures que tu essaies dans les cabines des yeux plus grands que les tiens tu veux essayer d’autres blessures j’ai longtemps essayé moi aussi de retenir la neige de creuser des tunnels de jouer aux enfants dans les refus les silences on m’entend de partout je me souviens qu’une chose la plaie se termine nulle part et tu roules les nuits de noyades par peur de nettoyer pour faire un accident pour qu’on m’écrase je m’en fous en direct en souvenirs en rêves pour que j’existe quelque part pour voir le jour mais très très vite c'est urgent

ciao.




avant d’être fauchée avant ça rappelles toi l’important c le combat l’important c le combat c constance X c la prostitution c la démolition c tard c la nuit c 35 internée des hôpitaux c la femme abîmée qui compte une à une les pièces c la caissière les lèvres murées qui récite sa misère c chaque visage c chaque naufrage c dans les cernes c trois paumées dans les néons du monop c le monde en violence la violence sociale la violence première mécanique infatigable la violence des sens le manque la peur et les loups qu’on t’inculque le crissement fort du fer des frappes des machines des femmes des usines des putes en travail puis ils diront que j'ai tort pour que se taisent les femmes  


dire que j’avais des rêves – avant d’être fauchée avant ça rappelles toi